Pour la liberté de circulation & le développement équitable!

Présentation rapide de notre réseau (Août 2012)

Notre réseau

Afrique-Europe-Interact est un petit réseau, constitué début 2010, organisé au niveau transnational. Participent à ce réseau des activistes de base, venant pour la plupart du Mali, du Togo, de l’Allemagne, de l’Autriche et de la Hollande ; parmi eux, de nombreux réfugiés, migrants et expulsés organisés de façon autonome.

Sur le plan politique, Afrique-Europe-Interact poursuit deux buts en particulier: nous voulons, d’un côté, pointer du doigt publiquement la politique de migration de l’Union Européenne et de l’autre, attirer l’attention sur les causes structurelles de l’exil et de la migration et par là même sur la revendication d’un développement équitable et librement choisi. Car le Droit à la liberté de circulation et d’installation universelle ne représente qu’un côté de la médaille. Le Droit de rester, c'est-à-dire celui d’avoir la possibilité de mener une vie digne, dans des conditions sûres et librement choisies, chez soi, dans son pays d’origine, n’est pas moins important.

En ce moment, le réseau AEI est actif surtout dans trois domaines : premièrement, contre l’accaparement néocolonial des terres (landgrabbing), c’est à dire le bradage de grandes surfaces de forêts, de terres agricoles et de prairies à des banques, des fonds d’investissement et des groupes opérant au niveau mondial ; un développement qui a énormément aggravé le démantèlement des bases d’existence des petits paysans, particulièrement en Afrique. Deuxièmement, contre l’agence de protection des frontières de l’UE, FRONTEX, donc contre la militarisation des frontières extérieures de l’UE qui a déjà été à l’origine de dizaines de milliers de victimes. A ce sujet, Afrique-Europe-Interact voit d’un œil extrêmement critique le projet forcé de l’UE, monté en réaction au printemps arabe, d’un soit-disant « espace méditerranéen », c'est-à-dire l’idée d’un partenariat privilégié, facilitations d’obtention des visas incluses, pour les citoyens des pays nord-africains. Inversement, nous soutenons à fond l’idée de voies de communication diverses, flexibles et non réglementées par des politiques de migration, entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique au sud du Sahara ; mentionnons à cet égard l’initiative « boats4people/bateau de la solidarité » au lancement de laquelle nous avons également participé et à laquelle prennent part des activistes de base maliens, tunisiens, italiens, français, allemands, autrichiens et hollandais. Troisièmement, il faut rajouter que les groupes maliens de la section africaine de l’AEI sont en grande partie accaparés par les conséquences dramatiques d’une rébellion portée par des Touaregs et par des groupes islamistes dans le nord du pays, et ceci surtout parce qu’il y a des approches très différentes sur la question de savoir comment arriver à faire la paix et obtenir une péréquation sociale dans cette région (on trouvera plus d’informations sur nos projets politiques : cf.).

Ce qui nous unit fondamentalement c’est la conviction que l’on ne changera quelque chose à la domination néo-coloniale et aux rapports d’exploitation que si les mouvements de base africains et européens travaillent ensemble sur une grande échelle, à égalité, avec conséquence et directement. Cela demande que les différentes conditions de départ, les intérêts divers et l’idée que chacun se fait de soi-même soient soigneusement pris en considération. Sur ce point, il n’y a pas que la discussion (auto)critique sur la dominance, le paternalisme, les préjugés racistes et eurocentrés qui joue un rôle central pour AEI (voir à ce propos, la troisième partie de notre brochure « mouvements autour des frontières »). Ce qui est également important c’est que les activistes togolais ou maliens soient soutenus financièrement, ne serait-ce que modestement, par la section européenne d’AEI – mot clef : pratiquons la redistribution (de plus amples informations sur notre campagne de donations : cf.)

L’histoire d’Afrique-Europe-Interact en quelques mots

Notre première grande action, a été une caravane de trois semaines pour la liberté de circulation et le développement équitable, au début 2011. Environ 250 activistes, la plupart maliens ont participé à un voyage en bus de la capitale malienne Bamako au 11ème Forum social mondial, à Dakar. Dans l’ensemble les actions menées dans le cadre de la caravane, ainsi que les ateliers et les réunions avec les populations locales ont été, de l’avis général une très grande réussite. Le vrai défi relevé a été que malgré les difficultés organisationnelles, sociales et politiques, pour certaines considérables, nous avons réussi à réaliser ce qui était prévu et ainsi à établir quelque chose comme une confiance mutuelle et faire la preuve d’une capacité d’agir ensemble.

Après la caravane, les soulèvements sociaux en Afrique du nord nous ont d’abord tenus en haleine. D’un côté par solidarité avec le printemps arabe (en tout 25.000 migrants « spontanés » de Tunisie), mais pas seulement. Mais aussi parce que des centaines de milliers de travailleurs immigrés et de réfugiés de l’Afrique sub-saharienne ont dû s’enfuir de la Libye sinistrée, et parmi eux environ 6000 personnes qui ne pouvaient ni voulaient retourner dans leur pays natal et ont donc échoué dans le camp de Choucha, en plein désert à la frontière tunisio-libyienne, où ils vivent dans des conditions déplorables. Concrètement, nos activités solidaires se sont traduites par des voyages de délégations, des manifestations ainsi que par des déclarations du type « Ouvrir les voies de l’exil, accueillir les réfugiés ! » ou bien « La liberté à la Place de FRONTEX ! ». Les groupes maliens d’AEI ont été en plus occupés pendant des mois par l’accueil des refoulés de Libye et des réfugiés de la guerre civile en Côte d’Ivoire.

Des visites réciproques s’en sont suivie : tout d’abord, en novembre 2011, trois délégués de la section malienne d’Afrique-Europe-Interact sont venus en Europe pour rendre compte des différentes luttes sociales en Afrique de l’ouest, dans le cadre d’une tournée de réunions d’informations de 14 jours. Puis, en février 2012, plusieurs délégués de la section européenne sont venus au Mali, et se sont rendus, avec vingt activistes maliens du réseau, dans l’Office du Niger, situé à 270 kilomètres au nord de Bamako, dans le but de rencontrer des communautés de paysans touchés directement ou indirectement par l’accaparement des terres.

Et finalement, une campagne de dons a eu lieu, entre juin 2011 et février 2012 en Autriche et en Allemagne en faveur de 11 projets de base de notre réseau au Mali (choisis exclusivement par la section malienne), sous l’intitulé « 11 × 1000 euros : Mettons en pratique la redistribution ». Le but de la campagne était de soutenir les initiatives de base sociales et politiques dans leur économie de tous les jours, souvent très précaire, une sorte d’anticipation plus ou moins symbolique de cette redistribution et de l’inversion du flux des ressources entre le sud et le nord, passages obligés pour l’ensemble de la société. L’argent a servi respectivement à des projets très différents, comme un moulin à céréales, des haut-parleurs, du matériel et un ordinateur pour un bureau d’accueil-conseil (pour plus d’information sur le soutien financier aux initiatives de base maliennes : cf.).

Nos points forts actuels

Le sujet de la spoliation des terres néocoloniale est sur toutes les bouches, à juste titre, parce que l’accroissement spectaculaire du bradage de terres fertiles depuis 2007 à des banques, des fonds d’investissement et à des multinationales ressemble de plus en plus à une gigantesque vague d’expropriation, qui pourrait signifier pour des centaines de millions de petits paysan(ne)s, de pêcheurs et de bergers la perte de leurs bases d’existences. Rien qu’entre octobre 2008 et juin 2009, 47 millions d’hectares de terres ont été ainsi bradées – ce qui représente la surface de la Suède ou encore ¼ de la surface agricole de l’Union Européenne. Entre temps, à peu près 75 % des accaparements de terres s’effectue en Afrique, et concerne au moins 23 pays répartis sur tout le continent, en autre le Mali. Dans ce contexte et en mars 2012, une délégation de trente personnes s’est rendue dans l’Office du Niger où le gouvernement malien a vendu, ces dernières années, 900.000 hectares, principalement pour la production du soit disant biocarburant et de céréales destinées à l’exportation. En outre, des activistes de la section européenne de l’AEI ont assiégé à Brême et à Francfort des succursales de la Deutsche Bank (pour cette dernière, dans le cadre des protestations Blockupy), car la Deutsche Bank est un des acteurs majeurs au niveau mondial pour le commerce des terres fertiles. Il est prévu, à moyen et à long terme, de soutenir, dans leurs luttes pour la terre, les communautés de paysans dans l’Office du Niger. Par ailleurs, il est question de faire un pont vers la résistance contre les expulsions aussi bien des maisons que des parcelles de terres perpétrées dans la capitale Bamako.

Le projet « boats4people/bateau de la solidarité », à la création duquel a participé l’AEI, était, à l’origine, une réaction au grand nombre de morts en mer Méditerranée qui au printemps 2011, suite à l’éclatement de la guerre civile en Libye, a atteint un nouveau point culminant avec le chiffre de 2000. D’où l’idée première de mettre en place, à l’aide de nombreux bateaux en mer méditerranée, une sorte de « monitoring » des guerres concertées de l’agence de protection des frontières de l’UE, FRONTEX, contre les boatspeople. Mais cette idée est passée finalement un peu au second plan, entre autre parce que la mise à disposition des bateaux aptes à la navigation en haute mer s’avérait compliquée. Par contre, plus récemment, la coopération avec des groupes (antiracistes) de base tunisiens a pris plus d’importance, au moins pour Afrique-Europe-Interact, étant donné que sous la dictature de Ben Ali il était pratiquement impossible d’évoquer les questions et les problèmes relatifs à la migration. Un autre axe envisagé est la coopération avec les familles des migrants et des réfugiés disparus. Car l’incertitude et la peur d’avoir perdu un proche qui tenaillent les familles est quelque chose que nous avons rencontré souvent aussi bien au Mali qu’en Tunisie, ces deux dernières années. Sur ce point, l’expérience du réseau transnational « Welcome to Europe » qui avait déjà en 2011 soutenu des réfugiés et des migrants dans la recherche de leurs proches, probablement morts dans la région de l’Evros à la frontière greco-turque a dû être une source d’inspiration.

Les répercussions de la rébellion Touareg survenue début 2012 au nord du Mali vont en s’aggravant. Nous ne mentionnons pas seulement la division de fait du pays qui menace de briser les lignes de communication sociales, économiques et culturelles ancestrales. Ce qui est encore plus dramatique, c’est l’aggravation de la situation alimentaire déjà précaire, l’exil intérieur de plus de 300.000 personnes et les circonstances qui font que des groupes (de terreur) islamistes, dans la foulée du soulèvement, se sont emparé du pouvoir dans plusieurs villes du nord. La question de savoir si et comment, dans de telles conditions, il est possible d’arriver à une péréquation sociale et de gagner la paix est au Mali sujet à controverses. A ce propos, il est conseillé de consulter notre site web où se trouvent des textes de fond concernant le conflit et également différentes déclarations de la section européenne d’AEI.

Participer, adresses de contact et matériel

Participer : Afrique-Europe-Interact est un réseau organisé de manière décentralisée : les activistes de la section européenne s’assemblent 3 à 4 fois par an – les personnes intéressées y sont à tout moment les biensvenues ! A part cela, il est aussi possible de participer au niveau local ; pour l’instant les groupes fixes se trouvent à Vienne (Autriche), Berlin et Brême.

Contacts : AME/Association Malienne des Expulsés. E-mail : expulsesmaliensbasta(at)yahoo.fr, téléphone : (00223) 20 24 30 16 ; all included/Amsterdam: E-mail: info(at)allincluded.nl, telephone: (0031) 020 379 52 36; Nolager Bremen: E-mail: nolagerbremen(at)yahoo.de, téléphone : (0049) 01578 4852 921 : Conni Gunsser (Flüchtlingsrat Hamburg) : E-mail : conni.gunsser(at)sh¬home.de, téléphone : (0049) 0173 4108 642 ; Afrique-Europe-Interact Vienne : E-mail : aei¬wien(at)gmx.net

Matériel : celui ou celle qui veut en savoir plus sur Afrique-Europe-Interact touvera ce qu’il-elle cherche sur notre page web, sinon il est possible de commander une partie de notre matériel par poste (nolagerbremen(at)yahoo.de) : le DVD de 45 minutes sur la caravane Bamako-Dakar « …, car nous respirons le même air » (sous-titré en allemand/français/anglais/espagnol) ; la brochure « Mouvements autour des frontières // Grenzbewegungen » (en allemand et en français, 120 pages, deuxième édition, novembre 2011) et un recueil de textes sur le landgrabbing au Mali (en allemand, première édition, juillet 2012).

Et enfin : nous aimerions ici explicitement signaler notre réseau frère « welcom to Europe » qui, tout comme Afrique-Europe-Interact a vu le jour à la suite du camp Noborder sur l’île grecque de Lesbos, en été 2009. Des activistes de bases venant entre autre de l’Afghanistan, de l’Erythrée et de la Somalie, ainsi que de nombreux pays européens participent à Welcom to Europe. Welcom to Europe soutient les réfugiés et les migrants dans leurs périples vers l’Europe et à travers l’Europe – en particulier à l’aide d’un guide web en quatre langues (anglais/français/farsi et arabe). De plus, le réseau Welcom to Europe a fait de la lutte contre les expulsions de Dublin II une de ses priorités : http://w2eu.net/ + http://w2eu.info/